CERTAINES N’AVAIENT JAMAIS VU LA MER

ENCORE DE LA LITTÉRATURE POUR FEMME

L’été, c’est une immense séance de rattrapage en lecture. On emporte dans son sac de plage le fameux bouquin que maman nous avait offert il y a au moins trois Noël, « tu verras, c’est génial… », et forte de cette prédication au futur prophétique, on se lance dans la bonne ou mauvaise aventure.

Au départ, le kitch de la couverture auquel se supplée le bandeau rouge de l’éditeur « prix Femina étranger 2012 » me fait peur – encore de la littérature pour femmes ! – mais la tranche, peu épaisse, me rassure. Le titre, Certaines n’avaient jamais vu la Mer, semble de circonstance.

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LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Dès les premières pages, je réalise que cet ouvrage est très singulier. La narratrice est un « nous » collectif qui prend en charge toute une communauté de japonaises migrant aux Etats-Unis au début du XXe siècle.

Elles doivent rejoindre leurs futurs époux, déjà sur le sol américain, lesquels leur ont vendu du rêve. La réalité, sur plusieurs plans, plusieurs générations, sera toute autre. Ce « nous » en fera l’expérience à travers chaque protagoniste, mais après une « intégration » difficile et humiliante, les Nippo-Américains doivent faire face à une situation sans précédent : la Seconde Guerre mondiale.

ACCUSÉS DE HAUTE TRAHISON

Vous n’êtes pas sans savoir que dans ce conflit, les puissances Alliées combattent l’Allemagne nazie, l’Italie et … le Japon. La communauté japonaise devient alors l’ennemi public numéro 1 du gouvernement en guerre. Menaces, pressions, mesures discriminatoires, couvre-feu, blocage de comptes bancaires, convocations, listes noires, et mystérieuses disparitions de masse frapperont alors les Nippo-Américains les plus désinformés et innocents qui soient.

Femmes, enfants, vieillards, familles entières, quartiers entiers arbitrairement accusés de haute trahison disparaîtront dans la précipitation sans qu’on ne sache exactement où. On parle de camps de relocalisation…

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Sous couvert de traiter de la désillusion du mariage ou du rêve américain, ce roman nous entraine dans un épisode particulièrement sombre et tabou de l’Histoire américaine et y jette, l’air de rien, un accent grave.

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En finissant le roman, je n’ai pas pu m’empêcher de faire quelques recherches.

  • Centre de Manzanar : 110 000 internés.
  • Centre de Jerome : 8500 internés.
  • Centre de Tule Lake 19000 internés.
  • Centre de Poston : 17 000 internés.
  • Centre de Rohwer : 8475 internés.
  • Centre de Gila River : 13000 internés.
  • Centre de Topaz : 9000 internés.
  • Centre de Heart Mountain 10800 internés.
  • Centre de Granada 10 000 internés.
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L’architecture de ces centres de relocalisation dans les contrées éloignées ou villes fantômes du désert était assez épurée : baraquements en bois, barbelés et miradors.

A leur libération en 1945, les déportés reçurent un ticket de bus et 25 $, soit les mêmes aides que celles allouées aux criminels. Inutile de préciser que leurs maisons, leurs terres, leurs biens avaient étés spoliés.

Julie Otsuka, l’auteure de cette fiction qui n’en est pas une, mérite bel et bien toute notre attention.

Taline Kortian

 

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