Nina Simone

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Nina n’est pas une artiste cool. Oui, Nina a écopé de 8 mois de prison avec sursis pour avoir tiré sur un jeune de 15 ans qui faisait trop de bruit près de chez elle. Oui, Nina a quitté plus d’une fois la scène parce qu’elle considérait que le public ne valait rien.

Oui, Nina s’est plus d’une fois mise minable, incapable d’assurer un concert. Oui, Nina a abandonné enfant et mari pour un hypothétique paradis africain. Oui, Nina a appelé en plein spectacle à tuer des blancs devant un public sidéré.

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Loin de l’image policée que peuvent offrir au début des années 60 les poulains de l’écurie Motown, Diana Ross & the Supremes, The Temptations ou Marvin Gaye pour ne citer que les plus connus, Nina ne veut pour rien au monde faire partie de ces artistes noirs qui veulent se faire apprécier du grand public, lesquels seraient parfaitement intégrés et porteurs du rêve américain.

Lorsque Diana Ross chante en 1964 l’innocent « Baby Love », Nina Simone crie au même moment sa colère avec l’intense « Mississippi Goddam », ce fleuve qui délimitait le Nord abolitionniste de l’esclavage du Sud esclavagiste et qui cristallise l’Histoire tragique des Afro-américains.

A quoi bon chanter d’insouciantes chansons d’amour face aux lynchages, assassinats, attentats commis à l’encontre du peuple noir aux Etats-Unis ? Face à une violence raciste perpétrée en toute impunité, Nina ne sera définitivement pas une artiste mainstream mais une rebelle, ce qui nuira à sa carrière.

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On ne lui fera pas le coup deux fois. Née en 1933, en Caroline du Nord, Eunice Waymon alias Nina Simone commence à jouer de l’orgue à l’église dès son plus jeune âge. Enfant prodige qu’elle est, sa famille est décidée à en faire la première pianiste concertiste classique noire. Hélas cette Amérique ségrégationniste de l’après-guerre n’est pas encore prête à récompenser le génie venant d’une artiste qui n’est pas blanche.

 « Le racisme est devenu pour moi réalité, comme si on avait allumé la lumière » Nina Simone

Âgée d’une dizaine d’années, elle est choquée par l’éviction de ses parents du premier rang où ils étaient assis pour assister au récital de leur fille et refuse de jouer s’ils ne regagnent pas le devant de la scène. Comme elle l’écrira plus tard dans son autobiographie, « le racisme est devenu pour moi réalité, comme si on avait allumé la lumière ».

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Après avoir abandonné l’idée d’être concertiste, Nina Simone va désormais naviguer aux confins de la pop, du jazz, du folk, du blues et de la soul music…Assassinat de Kennedy, assassinat de Malcolm X, assassinat de Luther King plongent les Afro-Américains dans une lutte sans précédents : émeutes de Watts, naissance du parti Black Panther, le mouvement noir se radicalise à la fin des années 60. A défaut de prendre les armes, les mots de Nina Simone seront désormais affutés comme des lames, son piano sera son glaive épique…

“Say it Loud, I’m Black and I’m Proud .

« Do it slow Nina », tu vas trop loin, lui dit-on. « Pourquoi tant de bruit et de fureur ? Tu vas mettre ta carrière en péril ! » Fuck off ! Nina souscrit par avance à 100% au cultissime titre de James Brown : “Say it Loud, I’m Black and I’m Proud .

Rejetée par une grande partie du public blanc qui ne comprend pas son extrémisme, ses ventes de disques sont faibles, mais ses prestations scéniques sont toujours très attendues. Elles sont toujours intenses. Capable du meilleur comme du pire, Nina reste sur le fil du rasoir et n’hésite pas à malmener son public. Un critique écrit alors en 1966 qu’entendre chanter Nina Simone, c’est « entrer en contact rugueux avec le cœur noir et ressentir la puissance et la beauté qui y palpitent depuis des siècles ».

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La mort de Luther King, l’emprisonnement et l’exil de nombreux militants de la cause révolutionnaire, plongent Nina dans une profonde détresse. Pour Nina Simone, « les jours où la révolution avait réellement semblé possible s’étaient enfuis à jamais ». La combattante décide alors de baisser les armes, de tout abandonner, de rompre avec cette Amérique qui la ronge.

Qu’est-ce que la Liberté ? Ne pas avoir peur nous dit-elle. Nina n’a pas eu peur mais elle va se brûler, perdre beaucoup, disparaître puis tenter de revenir avant de s’éteindre en 2003 en France, usée par les excès de paradis artificiels.

Nina est black ; Nina est sombre ; Nina ne trouvera jamais la lumière. Nina n’est pas une artiste cool. Nina est juste une immense Artiste.

Thierry Ferreira

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