La péniche Anako : fluctuat nec mergitur

Il est un lieu, relativement confidentiel, sur le canal de l’Ourq, où j’aime aller. C’est une modeste péniche, parquée en face du 57 quai de la Seine qui organise pratiquement une manifestation culturelle par jour : concerts, expositions, balais, conférences, tables rondes, projections cinématographiques ou documentaires, ateliers pour petits et grands, jams ou bœufs… (Et oui, ça s’écrit comme cela, c’est le nom du restaurant Le Bœuf sur le Toit où se retrouvaient les musiciens pour improviser).

anako faust
anako concert faust
anako paris faust

La péniche Anako a pour particularité d’offrir sa scène aux « petits » artistes et aux cultures du monde. Il n’y a que là-bas où vous pourriez découvrir la musique soudanaise le lundi, les chants grégoriens le mardi, les danses azéries le mercredi, la peinture arménienne le jeudi, les mélodies yiddish le vendredi, danser le halay, le sirtaki ou le kotchari le samedi, et déguster un brunch ethno-musika le dimanche en emportant votre instrument et filet de voix pour la session de jam dominicale.

On y a tous croisé un talent bouleversant, un regard complice. On a partagé une bière avec une personnalité que l’on admire parce que ceux qui tiennent cette péniche font tomber le quatrième mur, et font de ce projet culturel avant tout un projet humain, et ce, depuis dix ans !

anako paris concert faust
equipe anakao 2017

Parfois, la péniche connait de terribles crises budgétaires. Quand cela arrive, les artistes se précipitent pour y réaliser des performances bénévoles au profit de celle-ci, et les clients se portent volontaires pour tenir le bar, la caisse, la salle, la terrasse, tant la perspective que le bateau coule les effraie. La péniche Anako est toujours parvenue, grâce à l’investissement humain, à déjouer les tristes rouages financiers qui rythment notre monde.

Mais cette fois ci, contre toute attente, le bassin de la Villette, régi par la mairie de Paris, veut expulser, par voie légale, ma chère, trop chère, si chère péniche Anako. J’espérais, au moins, que ce fût pour une noble raison, mais non ! C’est pour y accueillir l’« épave » d’un groupe de la grande distribution que je ne citerai pas, dès Janvier 2018.

Il y a déjà plus de 13463 signataires à la pétition en ligne pour empêcher ce naufrage, mais Faust Magazine, qui cherche à promouvoir les « petits » créateurs, se devait d’en toucher un mot à son précieux lectorat car, philosophiquement, doit être compris de ce choix, qu’il y aurait d’une part une culture acceptable, la « grande », que l’on nous injecte en intraveineuse, et d’autre part, une culture inacceptable, la « petite », l’ « autre ».

Les hypermarchés savent déjà ce que l’on doit manger, boire ou consommer. Dorénavant, ils nous diront quoi voir, écouter et penser. Ben moi, je vais vendre mon âme au diable : il est moins sournois !

 — 61 quai de la Seine, 75019 PARIS —

            Taline Kortian.

anako diable

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